Extérieur et haute école: un texte magique!

Rédigé par Jean Magnan de Bornier - 07 avril 2013

Les éditions ACTES SUD viennent de publier (juin 2008) une nouvelle édition de l'introuvable Extérieur et haute école d'Étienne Beudant. Je n'avais jamais pu lire ce livre, et c'était le seul de Beudant que je ne connaissais pas.

Il faut remercier Patrice Franchey d'Espèrey, déjà maître d'œuvre de Vallerine publié en 2005 chez FAVRE, de son travail éditorial qui met sous nos yeux le texte de 1923.
Les éditions ACTES SUD viennent de publier (juin 2008) une nouvelle édition de l'introuvable Extérieur et haute école d'Étienne Beudant. Je n'avais jamais pu lire ce livre, et c'était le seul de Beudant que je ne connaissais pas.

Il faut remercier Patrice Franchey d'Espèrey, déjà maître d'œuvre de Vallerine publié en 2005 chez FAVRE, de son travail éditorial qui met sous nos yeux le texte de 1923.

La lecture de Beudant a un double effet sur votre serviteur: elle le stimule, elle le passionne: c'est un conte de fées qui a cependant toute l'apparence de la vérité, tant Beudant est un auteur persuasif, par son style à la fois de faux naïf et de réel enthousiaste. D'un autre côté cette lecture déstabilise celui qui a appris une manière de faire différente, incroyablement efficace elle aussi. Quand j'ai lu il y a quelques années Mains sans jambes, la dissonance avait été très forte et je m'étais contenté d'apprécier le bonhomme et son style, tout en me disant que ce n'était pas pour moi. Pourtant je savais pertinemment qu'Oliveira était un lecteur de Beudant, et qu'il avait appliqué dans sa jeunesse cette version-là du bauchérisme (celle de Beudant et de Faverot de Kerbrech, le «bauchérisme deuxième manière» selon la terminologie peu appropriée de Decarpentry). Mais le maître tel que je l'ai connu avait une pratique bien à lui dans laquelle les éléments venant de cette influence n'étaient pas tellement apparents, sauf par rares moments.

Mais aujourd'hui, avec plus de recul, ayant assimilé plus en profondeur les leçons que j'ai reçues il y a trente ou quarante ans, ce que j'ai appris à cheval ou en regardant le maître, je ne vois plus tellement les différences entre ces équitations, je suis plutôt pris par les ressemblances, au-delà des variations de style qui, d'un exécutant de génie à l'autre, sont inévitables. Le travail du cheval conçu d'abord (sinon exclusivement) comme conversation de la main du cavalier avec la mâchoire du cheval, voilà un point commun essentiel entre Beudant et Oliveira. Le respect du cheval en est évidemment un autre, mais il sera partagé par un plus grand nombre d'écuyers, quoique malheureusement pas par tous. La «décontraction physique et mentale du cheval», priorité du dressage du maître Oliveira, que ses disciples ont eu et ont toujours tant de mal à reproduire, aurait pu figurer dans Extérieur et haute école, si Beudant avait eu la fantaisie d'utiliser ces mots-là: ses remarques sur l'usage de la force et sur la confiance et le calme en sont l'équivalent exact.

Beudant écrivait, comme je l'ai dit, avec un style de faux naïf: il déclare admirer et respecter les écuyers habiles et se donne comme amateur, avant d'asséner des leçons ou critiques dévastatrices, telle celle-ci:

(...) jamais un animal en liberté ne fait de descente d'encolure, et, une fois monté, il n'en fait que s'il est gêné par la main du cavalier, ou que si le cavalier, croyant bien faire, lui a enseigné ce mouvement, dont il est impossible d'expliquer l'utilité. (p.4)

Or à l'époque tout Saumur enseignait la descente d'encolure (et cela a perduré longtemps après, peut-être cela existe-t-il encore?).

Beudant, pas plus que Faverot de Kerbrech dont ses textes s'inspirent (et souvent de très près), n'ont écrit quoiqu'ils disent des modes d'emploi, des livres de recettes qu'il suffirait d'exécuter correctement pour dresser son cheval. Extérieur et haute école comporte des principes généraux de dressage (et même, de philosophie du dressage), puis quelques considérations techniques qu'il sera bon de méditer longtemps avant toute tentative de mise en application, et enfin des souvenirs concernant des chevaux que Beudant a dressés ou simplement montés de manière occasionnelle. Ses autres livres sont d'ailleurs construits sur les mêmes éléments. Un thème important traverse l'ouvrage, et explique son titre: c'est la compatibilité totale, voire la continuité, entre le travail courant du cheval de selle, et la haute-école. Le même dressage préside à l'utilisation courante du cheval, à son utilisation dans les spécialités de la guerre (Beudant était officier de cavalerie), du concours hippique, des courses, etc. La haute-école consiste simplement à pousser avec plus de finesse et d'exigences le dressage. Cette thèse, on le remarquera, n'est pas nécessairement compatible avec ce qu'avance le général L'Hotte, quand il dit que sur ses chevaux il a fait du d'Aure quand il était à l'extérieur et du Baucher au manège. Mais Beudant prend beaucoup de soin à affirmer, dans les premières pages du livre, que d'Aure et Baucher avaient au fond le même système, et il faut bien avouer qu'il ne nous convainc pas sur ce point... Le respect des anciens peut mener à quelques excès, bien pardonnables au demeurant.

Beudant était malheureusement un électron libre du Paysage Équestre Français  : il n'a pas eu de maître, en dehors de son instructeur à Saumur, et n'a pas eu de disciple ni même d'élève: là est la vérité du statut d'amateur qu'il s'attribue. 

À la fin de sa vie, Beudant avait reçu la visite de René Bacharach, écuyer amateur passionné, et d'une culture équestre étendue; cette visite a été narrée par Bacharach dans L'année Hippique (1966). La nouvelle édition d'Extérieur et haute école, dont le responsable fut l'élève de Bacharach, introduit, en plus du texte de 1923, une nouvelle version du texte de Beudant. Une édition que Beudant et Bacharach auraient préparée ensemble, et dont le projet de publication serait «tombé à l'eau», selon Jean-Louis Gouraud. À la mort de Beudant en 1949, Bacharach a gardé le tapuscrit, qui échoit ensuite à son fils spirituel Franchet d'Espèrey. Selon l'avant-propos de Gouraud, il ne s'agissait que d'un «grimoire» à décrypter, «difficilement déchiffrable», dont les ajouts manuscrits ne peuvent clairement être attribués à Beudant ou à Bacharach. Que Franchet d'Espèrey ait réalisé un important travail de reconstitution post-mortem ne fait guère de doute. Cependant, cette «version de 1948» (ou plutôt de 2008) doit-elle être considérée comme la version définitive, ainsi que l'avance Gouraud? Cela semble encore à démontrer, puisque si nous sommes sûrs que la version de 1923 a été relue par Beudant, qu'elle correspond donc à sa volonté, nous sommes visiblement dans le noir le plus complet quant à ses volontés sur ce dernier texte.

Mais ne boudons pas notre plaisir, avoir à notre disposition ce beau texte, ses variantes éventuelles, et de nombreuses photos magnifiques d'Étienne Beudant, quelques annexes, tout cela est un magnifique cadeau offert aux amateurs de belle équitation.

Chère lectrice, cher lecteur, voici pour vous appâter un second extrait d'Extérieur et haute école qui me plaît beaucoup, vous comprendrez sans doute pourquoi:

Le cheval observe son cavalier et il se rend compte des moindres gestes qu'il fait, même inconsciemment, puis il réfléchit et, tout à coup, il surprend celui qui le monte, soit par une défense inattendue, soit par la bonne exécution d'un mouvement qui lui avait été vainement demandé et qu'il a compris en méditant dans son écurie. (p. 2)

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