Par la pensée...

Rédigé par Jean Magnan de Bornier - 21 août 2012

Il est tentant de penser que les chevaux sont télépathes, qualité que nous attribuons aussi souvent aux chiens, chats, etc. Nous avons l'expérience, par exemple, que les chiens sont agressifs avec ceux qui ont peur, et notre cheval quant à lui réagit à notre peur en la partageant (ce qui correspond sans doute à son statut de proie, dirait l'éthologiste).
Il est tentant de penser que les chevaux sont télépathes, qualité que nous attribuons aussi souvent aux chiens, chats, etc. Nous avons l'expérience, par exemple, que les chiens sont agressifs avec ceux qui ont peur, et notre cheval quant à lui réagit à notre peur en la partageant (ce qui correspond sans doute à son statut de proie, dirait l'éthologiste).

Le maître insistait quant à lui, et sans relâche, sur l'impératif de monter «par la pensée», impératif dont on ne pouvait pas douter, en le voyant à cheval, qu'il s'y conformait entièrement. Ses chevaux donnaient une telle impression de «manier» par eux-mêmes qu'on était vite amené à prendre au premier degré l'expression d'un cheval gouverné par la pensée de l'écuyer.

Il ne s'agit pas ici de révéler, ni même de chercher la vérité sur cette question des pouvoirs télépathiques des chevaux; je ne crois pas que cela soit à notre portée... Mais je veux raconter la version que le maître a livrée un jour à quelques élèves, qui ont eu la chance d'être présents au moment où il se sentait d'humeur à dire clairement ce qu'il comprenait par cette expression, par la pensée. Je ne me rappelle plus du tout quand j'ai entendu cela, mais j'en ai un souvenir précis, en particulier parce que j'étais un peu déçu de le trouver tellement rationaliste (et je ne suis pas fier de dire cela)!

Bref, voici en résumé la théorie que j'ai entendu le maître énoncer ce jour-là.

D'une part, les chevaux sont des animaux dont les sens, et particulièrement le sens du toucher, sont extrêmement sensibles; ils perçoivent des mouvements minuscules, et ils sont, en présence de l'homme (à pied à côté d'eux, ou sur leur dos) à l'écoute de tout signe. Cette hyper-sensibilité du cheval n'est évidemment pas la même d'un cheval à l'autre, mais est bien présente chez tous nos chers «sujets».

D'autre part le cavalier expérimenté (ce qui suit ne pourrait pas s'appliquer au débutant), quand il se prépare mentalement à demander un mouvement ou un air à son cheval, ne peut pas empêcher son corps, ses nerfs et ses muscles, d'accompagner sa pensée: même inconsciemment, le cavalier ou l'écuyer demande physiquement au cheval dès qu'il pense à un mouvement dont il connaît les aides.

Le cheval avec son hypersensibilité pourra percevoir cette demande, mais à une condition bien sûr: qu'elle ne soit pas noyée au milieu de mouvements parasites du cavalier, qui constitueraient un «bruit» rendant le «signal» illisible. La finesse du cavalier, de l'écuyer, consiste alors justement à éliminer les gestes inutiles, c'est-à-dire:

  • en premier lieu, pas de gestes involontaires: la maîtrise de l'assiette et l'indépendance des aides sont des conditions nécessaires, si l'on veut communiquer avec son cheval par la pensée.
  • prendre conscience de la finesse de perception des chevaux en général, et de celui qu'on monte en particulier; le cavalier doit accepter ce fait de l'hypersensibilité de son compagnon et en tirer toutes les conséquences. Il devra affiner ses aides autant que possible, et poursuivre cette recherche en permanence. Les gestes volontaires devront être rendus les plus petits, les plus fins, qu'on pourra.
Je reprends la parole.

Dans ce domaine, ne nous faisons pas d'illusions: l'homme sera toujours en retard sur son cheval, mais c'est rassurant en un sens, puisque cela signifie qu'il n'y a pas de limite à la quête de belle équitation.

Je ne sais pas si cette théorie est vraie, si la communication entre l'homme et le cheval a ou pas un autre substrat que le seul physique, mais peu importe au fond quant à notre pratique; les deux conseils qu'on en tire se révèlent en effet terriblement efficaces; essayons d'éviter les interférences que notre maladresse native intercale dans la communication avec le cheval, et il travaillera par la pensée.

Ces idées du maître permettent aussi d'éclairer certaines questions que beaucoup se sont posées sur sa manière de choisir ses chevaux (le récit d'Hélène Arianoff dans le documentaire L'écuyer du vingtième siècle illustre bien cela). Il savait déceler chez les chevaux, d'un coup d'œil, leur degré de sensibilité, et c'était pour lui la qualité la plus importante, même si on l'entendait célébrer aussi les chevaux «avec de la force».

Finalement, l'équitation est un champ infini, mais c'est dans la sensation intime, dans le petit geste, dans le geste fin, que se trouve cet infini.

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