La Gueriniere piaffer

Rédigé par Jean Magnan de Bornier - 07 avril 2013

Lorsqu'un cheval passage dans une place sans avancer, reculer, ni se traverser, et qu'il lève et plie les bras haut & de bonne grâce dans cette action, on appelle cette démarche, Piaffer. Cette allure qui est très-noble, était fort recherchée dans les carrousels & dans les fêtes à cheval; elle est encore fort estimée en Espagne; les chevaux de ce pays & les napolitains y ont beaucoup de disposition.

François Robichon de la Guérinière : L'École de cavalerie


Définition du piaffer (chapitre V) 1

Lorsqu'un cheval passage dans une place sans avancer, reculer, ni se traverser, et qu'il lève et plie les bras haut & de bonne grâce dans cette action, on appelle cette démarche, Piaffer. Cette allure qui est très-noble, était fort recherchée dans les carrousels & dans les fêtes à cheval; elle est encore fort estimée en Espagne; les chevaux de ce pays & les napolitains y ont beaucoup de disposition.

De l'utilité des piliers (chapitre XIII)

Les piliers sont de l'invention de M. de Pluvinel, qui eut l'honneur de mettre Louis XIII à cheval. Il nous a laissé un Traité de Cavalerie, dont les planches sont estimées des curieux par rapport à la gravure et à l'habillement des seigneurs de la cour de ce prince.

M. le duc de Newcastel n'est point pour les piliers. Il dit «qu'on y estrapasse et qu'on y tourmente mal à propos un cheval pour lui faire lever le devant, espérant par là le mettre sur les hanches. Que cette méthode est contre l'ordre, et rebute tous les chevaux. Que les piliers mettent un cheval sur les jarrets ; parce que, quoi qu'il plie les jarrets, il n'avançe pas les hanches sous lui pour garder l'équilibre , soutenant son devant sur les cordes du caveçon».

Ce qui a si fort révolté cet illustre auteur contre l'usage des piliers ; c'est que de son temps, la plupart des écuyers se servaient de cette méthode pour faire lever d'abord le devant à un cheval, avant qu'il fût réglé au piaffer : par ce moyen il mettaient sans doute un cheval sur les jarrets, et lui apprenaient plutôt à se cabrer et à faire des pointes, qu'à lever le devant de bonne grâce : mais si dans les commencements, au lieu de songer à détacher un cheval de terre, on se sert des piliers pour lui apprendre à passager dans une place sans avancer, reculer, ni se traverser, qui est l'action du piaffer, on verra que cette cadence plus aisée à donner dans les piliers qu'en liberté, met le cheval dans une belle posture, lui donne une démarche noble et relevée; et lui rend le mouvement des épaules libre et hardi, et les ressorts des hanches doux et liants : toutes ces qualités sont recherchées pour un cheval de parade et pour former un beau passage. Mais comme il faut beaucoup d'art, de patience et de temps, pour régler un cheval dans cet air de passage fier et relevé, que donnent les piliers employés avec intelligence, il n'est pas étonnant qu'ils causent tant de désordres à ceux qui s'en servent dans une autre vue, que de parvenir d'abord au piaffer.

Un savant écuyer a dit avec raison, que les piliers donnent de l'esprit aux chevaux ; parce que la crainte du châtiment réveille et tient dans une action brillante ceux qui sont endormis et paresseux, mais les piliers ont encore l'avantage d'apaiser ceux qui sont d'un naturel fougueux et colère ; parce que l'action du piaffer, qui est un mouvement écouté, soutenu, relevé et suivi, les oblige de prêter attention à ce qu'ils font : c'est pourquoi je regarde les piliers comme un moyen, non seulement de découvrir la ressource, la vigueur, la gentillesse, la légèreté et la disposition d'un cheval ; mais encore comme un moyen de donner ces dernières qualités à ceux qui en sont privés.

La première attention qu'on doit avoir dans les commencements, en mettant un cheval dans les piliers, c'est d'attacher les cordes du caveçon égales et courtes, de façon que les épaules du cheval soient de niveau avec les piliers, et qu'il n'y ait que la tête et l'encolure, qui soient au-delà, par ce moyen il ne pourra passer la croupe par dessous les cordes du caveçon, ce qui arrive quelquefois. Il faut ensuite se placer avec la chambrière derrière la croupe, et assez éloigné pour n'être point à portée d'être frappé : le faire ensuite ranger à droite et à gauche en donnant de la chambrière par terre, et quelquefois légèrement sur la fesse. Cette manière de faire ranger un cheval de côté et d'autre, lui apprend à passer les jambes, le débrouille et lui donne la crainte du châtiment. Quand il obéira à cette aide, il faudra le chasser en avant, et dans le temps qu'il donne dans les cordes, l'arrêter et le flatter, pour lui faire connaître que c'est là ce qu'on lui demande ; et il ne faut point lui demander autre chose, jusqu'à ce qu'il soit confirmé dans l'obéissance de se ranger à droite et à gauche, et d'aller en avant pour la chambrière, suivant la volonté du cavalier.

Il y a des chevaux d'un naturel fougueux et malin, qui avant que de se ranger pour la chambrière et d'aller en avant dans les cordes, emploient toutes les défenses que leur malice peut leur suggérer. Les uns pleins d'inquiétude, trépignent au lieu de piaffer ; les autres font des pointes et des élans dans les cordes ; d'autres redoublent de fréquentes ruades, et reculent ou se jettent contre les piliers. Mais comme la plupart de ces désordres viennent plus souvent de l'impatience de celui qui les châtie mal à propos dans ses commencements, que du naturel du cheval ; il est aisé d'y remédier, en se contentant simplement, comme nous venons de dire, de le faire ranger et aller en avant pour la chambrière, qui est la seule l'obéissance qu'on doive exiger d'un cheval les premières fois qu'on le met dans les piliers.

Une autre attention nécessaire, c'est de faire ruer dans les piliers les chevaux qui ont la croupe engourdie, et qui n'ont point de mouvement dans les hanches. Cette action leur dénoue les jarrets, et leur fait déployer les hanches, donne du jeu à la croupe, et met tous les ressorts de cette partie en mouvement. Tout le monde n'est pas de cet avis, et la plupart disent, qu'il ne faut jamais apprendre à un cheval à ruer. Mais l'expérience fait voir qu'un cheval, qu'on n'a jamais fait ruer, a les hanches raides et les traîne en maniant : d'ailleurs il est bien est aisé de leur ôter ce défaut, qui en serait un effectivement, si on les accoutumait à ruer par malice ; mais lorsqu'on trouvera les hanches assez dénouées, il faudra les empêcher de ruer, en les châtiant de la gaule devant, lorsqu'ils feront cette action, quand on ne l'exigera pas.

Quand le cheval cessera de se traverser, qu'il donnera en avant et droit dans les cordes, il faudra alors l'animer et de la langue et de la chambrière pour lui tirer quelque cadence de trot en place, droit et dans le milieu des cordes, qui est ce qu'on appelle piaffer ; et aussitôt le flatter et le détacher, pour ne pas le rebuter. S'il continue pendant quelques jours d'obéir à cette leçon, il faudra allonger les longes du caveçon, en sorte que les piliers soient vis-à-vis le milieu du corps du cheval, afin qu'il ait la liberté de donner mieux dans les cordes, et qu'il puisse lever les jambes avec plus de grâce et de facilité. Quoiqu'il continue de bien faire, on ne doit pas pour cela faire de longues reprises, jusqu'à ce qu'il soit accoutumé à obéir sans colère ; et alors il faudra les faire aussi longues que sa disposition, ses forces et son haleine le permettront ; et cela sans le secours de la chambrière, le cavalier se tenant seulement derrière la croupe.

Pour l'accoutumer à piaffer ainsi sans l'aide de la chambrière ni de la voix, on lui laissera finir sa cadence de lui-même, en demeurant derrière lui comme immobile, sans faire aucun mouvement, ni appeler de la langue, jusqu'à ce qu'il ait cessé tout à fait ; et justement quand il cesse d'aller, il faut lui appliquer de la chambrière vivement sur la croupe et sur les fesses : ce châtiment met toute la nature en mouvement, et tient le cheval dans la crainte, de manière que quand il sera accoutumé à cette leçon, on pourra rester derrière lui autant de temps qu'on le jugera à propos, sans l'aider ; et il continuera de piaffer. Quand on voudra l'arrêter, dont l'avertira de la voix, en l'accoutumant au terme de Holà, et on se retirera de derrière la croupe ; on ira le flatter ; et on le renverra : mais cette leçon ne doit se pratiquer que lorsque le cheval commence à bien connaître ce qu'on lui demande ; qu'il ne se traverse plus ; et qu'il ne se défend plus.

Lorsque que le cheval sera confirmé dans cet air de piaffer, que produit le passage entre les piliers, il faudra alors, et non plus tôt, commencer à le détacher de terre, lui faisant lever quelque temps de pesades et de courbettes, en touchant légèrement de la gaule devant, et l'animant de la chambrière par derrière. Non seulement la courbette est un bel air, mais elle fait que le cheval et plus relevé dans son devant, et a une action d'épaule plus soutenue au piaffer; ce qui l'empêche de trépigner, action désagréable, qui fait que le cheval bat la poussière avec des temps précipités ; au lieu que le piaffer est une action d'épaule, soutenue et relevée, avec le bras de la jambe qui est en l'air, haut et plié aux genoux ; ce qui donne beaucoup de grâce à un cheval. Afin que le cheval ne se lève pas sans attendre la volonté du cavalier, (ce qui produirait des sauts désordonnés, sans règle ni obéissance) il faut toujours commencer et finir chaque reprise par le piaffer, en sorte qu'il lève quand on veut, et qu'il piaffe de même. Par là on évitera la routine, qui est le défaut des écoles mal réglées.

Comme il y a du danger à monter un cheval dans les piliers, lorsqu'il n'y est pas encore accoutumé, il ne faut pas y exposer un cavalier avant que le cheval soit dressé et fait à l'obéissance qu'on en exige, suivant les principes que nous venons de décrire : et même lorsqu'on commence à le monter dans les piliers, on continue les mêmes pratiques, dont on s'est servi avant que le cavalier fût dessus ; c'est-à-dire, qu'il faut le ranger à droite et à gauche, en le secourant des jambes pour le faire donner dans les cordes. Insensiblement il s'accoutumera à piaffer pour la main et les jambes, comme il a fait auparavant pour la chambrière.

Les amateurs de cavalerie en Espagne, ont une grande idée du piaffer, et estiment beaucoup les chevaux qui vont à cet air, et qu'ils appellent piffadores ; mais ils donnent à leurs chevaux une allure incommode et dégingandée, parce qu'ils ne leur assouplissent point les épaules, et ne leur font point connaître les talons, ce qui est cause qu'ils ne manient que du bras, n'ont point l'appui de la bouche ferme et léger ; et qu'ils ne sont point dans la balance des talons, et par conséquent dans la parfaite obéissance pour la main et les jambes ; ce qui est la perfection de l'air du piaffer.

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